Nouvel article dans la catégorie Paroles de bloggueurs/lecteurs. Ce coup-ci Marinounette. Son blog haut en couleur nous arrache des sourires à foison. Future prof d'anglais elle a eu le courage de supporter mes balbutiements et rien que pour ça elle a sa place ici ! (au fait si vous voulez participer, dites le !)

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Les inscrits sur les sites de rencontres fleurissent ; d'ailleurs, cela me paraît logique étant donné que c'est le printemps, ça bourgeonne, c'est la saison des amours. Sites de rencontres, qui sont à l'origine de plus en plus de couples. D'ailleurs, je commence à le comprendre, puisqu'en ce qui concerne la modeste journaliste d'un soir que je suis, ma boîte d'e-mails est constamment inondée de spams (j'avoue que je suis pas loin d'avoir des spasmes quand je vois ça) provenant de Meetic, ou encore Match (malheureusement, ce n'est pas une invitation pour aller regarder un match de tennis, non).
Personnellement, ce moyen d'approche pour jouer au docteur ne me tente pas plus que ça. Effectivement, c'est un moyen comme un autre, que ça permet de connaître des gens que je n'aurais jamais pensé connaître sans internet.

Mais.
Avril, avril, pas encore mai.

J'ai dû rester vieux jeu, mais (rho ça va, ta gueule) je préfère quand c'est spontané. L'amour, à la base, c'est quelque chose qui ne se commande pas (c'est pas "Flight Simulator", même s'il arrive parfois que tu t'écrases la goule au sol sans rien comprendre à ce qu'il t'est arrivé).
Donc c'est censé être spontané. Pas forcément le coup de foudre, mais quelque chose plus physique que platonique.

La première rencontre, où on apparaît toujours un peu gourde, un peu timide, on ne sait pas comment engager la conversation, du coup, un "comment tu t'appelles ?" ou "tu habites chez tes parents ?" sort spontanément de notre bouche. Mais c'est pas grave, il paraît que ça fait partie de notre charme. D'ailleurs, la tâche de sauce bolognese sur notre haut blanc tout neuf aussi a dû faire partie de notre charme. Et son lapsus ("tu ne trouves pas qu'ils devraient baiser euh... baisser un peu le son ?", ou encore "oh toi aussi tu aimes bien traîner sur la balançoire du parc à 22h ? Si tu veux, on peut monter sur le trouniquet euh... le tourniquet ?") fait également partie de son charme.

En général, ce moment-là est précédé d'un déclic. Et il est suivi de l'un des deux protagonistes prenant ses cliques et ses claques pour demander à sa meilleure amie si l'autre:
- est déjà pris(e)
- risque de le/la trouver niais(e) à vie
- est déjà pris(e)
Et on passe le reste de la soirée à fuir la personne, pour mieux la mater, pour mieux l'examiner, afin de mieux l'aborder par la suite.
Suite à laquelle, justement, je viens.

Suite comportant le trajet en apnée où on se demande si on va le croiser aujourd'hui, suite comportant les allées et venues incessantes aux toilettes parce que c'est pas tout ça, mais c'est tout de même un brin stressant... et au passage, on en profite pour s'appliquer une touche de gloss et s'arranger l'épi sur la tête... puis vérifier si ce pantalon ne nous fait pas un derrière d'hippopotame (attention, je n'ai rien contre les hippopotames, eux aussi ont droit à leur dose d'amour). Tiens, un bruit de pas. C'est peut-être lui ? Des papillons dans le ventre. Ca ne peut être que lui, ce pas ferme et déterminé (ou au contraire, nonchalant, bref, on se moque de la nature de son pas, tout ce qui nous intéresse, c'est que ce soit le sien). Le rythme cardiaque s'accélère. Il nous dit bonjour, nous fait la bise le plus naturellement du monde (il sent bon, c'est quoi ce parfum ?). On se met à trembler, à rougir, et à bégayer quelque chose qui ressemble à "j'ai adoré cette soirée, au fait je crois que tu aimes le tennis, si tu veux on peut jouer ensemble, t'en dis quoi ?". Manière assez subtile de nous procurer son numéro. Ni groupie, ni distante. Enfin, si, groupie. Mais groupie tellement subtile que ça ne se voit pas, du moins, IL ne le voit pas (parce que forcément, les copines qui ne sont pas loin sont en train de se marrer comme des baleines, ELLES). Attention à ne pas, dans le stress, faire un lapsus et dire "pénis" au lieu de "tennis". Ou alors, changez de sport.

Puis les jours se suivent et ne se ressemblent pas. On finit par cerner la bête. On sait où il va, ses horaires. On s'y pointe en attendant comme une gourde sous le vent (Céline Dion, sors de ce corps), juste pour qu'il croit que si on se trouvait là (à grelotter), ce n'est que le fruit du hasard (au pire) ou un signe du destin et que les grands esprits se rencontrent (au mieux). En plus, s'il nous voit grelotter, il sera assez galant pour nous prêter son pull. Pendant l'échange de pulls, il serait fort judicieux de notre part de frôler sa main. Oh, désolée ! Non, ne pas s'excuser. Si on s'excuse, il pensera que ça nous gêne, voire même que ça ne nous plait pas. Or ce n'est pas le but rechercher. Ca nous plait, même si sa main est moite. Mais il ne faut pas trop le montrer non plus, donc les sourires niais sont à proscrire. En fait, je ne comprends pas pourquoi je me prends la tête depuis quatre lignes avec ça, puisqu'il est plus qu'évident que l'attitude à avoir dans ce cas-là est de faire comme s'il ne s'était rien passé. Ne rien dire, ne pas retirer la main. Juste prendre le pull et le mettre. Et dire merci.

On fait le chemin ensemble. Chacun arrive chez soi. On s'est bien gardée de rendre son pull au charmant jeune homme (et dans le meilleur des cas, il s'est bien gardé de nous le demander). Après tout, ça sera une bonne raison de l'appeler et de le revoir. Il est évident qu'avant de le lui rendre, une légère touche de notre parfum sera nécessaire. Il aura un peu de nous sur lui. Et s'il est déjà pris, sa copine sentirait cette odeur suspecte et le larguerait. Il serait triste et on profiterait de son moment de faiblesse pour l'attirer dans notre lit. Non, ce n'est pas le bon scénario. Il serait libre et pourrait nous draguer sans scrupule. Ca, c'est mieux.

Les papillons dans le ventre persistent. Cette phase de la découverte de celui qui a dit "trouniquet" le soir de la rencontre, de celle qu'il a vue pour la première fois avec une grosse tâche de bolognese sur son haut blanc tout neuf, est assez excitante. On ne trouve pas cette spontanéité sur un site internet ; sur des sites comme Meetic ou Match, on se croirait plus au supermarché du coin où on choisit sa marchandise, et c'est moins convivial qu'une rencontre au hasard, à la bonne franquette, ou dont l'origine est un écrasement de pied, un piètre sens de l'orientation, ou une mauvaise interprétation d'une parole ou d'un geste ("tu m'a pris par la taille pour me dire au revoir, du coup ça m'a donné une sensation bizarre, je crois que j'ai des sentiments pour toi", lui dit-il. Elle, elle disait au revoir de cette manière à tout le monde, c'était naturel. Mais comme il l'intéressait aussi, elle ne l'a pas précisé. Si elle l'avait fait, il aurait pensé que ce n'était pas réciproque alors que ça l'était. Nous reconnaissons là l'attitude de la semi-groupie tactique. Semi, puisqu'elle disait au revoir à tout le monde comme cela. Mais groupie quand même, puisque c'était la première fois qu'elle le voyait, et qu'elle n'avait pas pris de gants pour lui dire au revoir, ce qui aurait été inquiétant si c'était au mois de juin. Elle s'est contentée de répondre "ah" en rougissant, suivi d'un rire gêné, et l'histoire a suivi son cours, jusqu'à ce que la partie de "Flight simulator" soit terminée).

Tout ce mécanisme: l'attente de son arrivée, le bruit du pas ou la voiture qui arrive, les papillons dans le ventre, les contacts physiques, l'expression du visage, le son de la voix... c'est ça qui me fait apprécier, savourer le début d'une relation.